Une fois le paravent retiré, l'habit de chamane est apparu en pleine lumière dans l'auditorium du Muséum. C'était jeudi dernier (18 mars) pour une conférence avec deux spécialistes du chamanisme : Roberte Hamayon, linguiste et anthropologue, directeur d’études à l’école des Hautes Etudes et Laetitia Merli, docteur en anthropologie sociale et ethnologie, EHESS.
Elles ont détaillé chaque partie de l'habit en révélant ses différentes fonctions… Elles nous l'ont fait voir autrement, avec plus de curiosité et d'attention, qu'en passant devant, aussi bien en tant que visiteur du Muséum, qu'en tant que personne qui y travaille ! Au final un moment fort de rencontre et d'échanges d'idées autours d'un objet de collection exeptionnel.
Le tambour est comme le cheval…il aide le chaman à se déplacer rapidement...
Avec ses plumes, il s'envole…le chamane est en mouvement continu, dans une rencontre dynamique, parfois violente avec les forces de la nature, avec les animaux, les esprits…Il faut se battre, il faut contourner, il faut s'imposer...
La compétition existe aussi entre chamanes. Chacun personnalise ses pratiques. On retrouve un socle de croyances et de pratiques communes qui se transmettent au fil du temps, mais il n'y a pas vraiment de dogme établi, ni de pratiques formalisées. D'où aussi la capacité d'adaptation importante de ces pratiques religieuses qui revivent aujourd'hui en Mongolie après leur interdiction et répression durant le régime soviétique. Le chamanisme s'adapte aussi au contexte culturel et matériel dans lequel il se pratique. Si le cuir se fait rare, ou est trop cher...et bien le "skaï" fait l'affaire. Ce qui compte c'est la dimension symbolique des objets et des rituels qui se déroulent en groupe, avec ses proches...
Le chamanisme est héréditaire. Les clients, les patients, viennent consulter le chamane pour "ouvrir la voie", pour "apporter la chance"….dans la vie professionnelle, pour les affaires, pour les problèmes de santé. En soi, il ne guérit pas, et rien n'empêche d'aller également rendre visite au médecin…
Voici 4 détails de l'habit de chamane présentés ce soir là .
Laetitia Merli : "C'est une poupée, un support d'esprit. Elle représente sûrement l'ancêtre chamane de cette chamane. Son visage est modelé avec une minutie incroyable, fabriqué avec beaucoup de soin. La petite robe est en soie cousue avec des détails brodés comme sur un del (le manteau traditionnel mongol.. petites dorures). Ce sont des matériaux nobles, les cheveux sont sûrement en crin de chevaux, tressés. Le visage est en peau de poisson ou des serpents.
Pour sûr, elle n'a jamais été cousue sur le dessus par la chamane. Plusieurs éléments, comme cette poupée, sont cousus avec un gros fil noir, certainement par la famille pour préserver les éléments, et qu'ils ne se dispersent pas.
Cette poupée est chamane car elle a aussi ses petites sonnailles. Elle devait être enrubannée dans une écharpe de soie, placée sur un autel.
Laetitia Merli : C'est un disque de bronze, un miroir qui n'est pas réfléchissant. C'est dans le miroir que l'on va voir l'esprit. Si une personne met son majeur au milieu , le chamane va pouvoir voir son avenir, lui prédire des choses.
Le disque de bronze est souvent porté en collier, des rubans sont directement accrochés dessus.
Il y a aussi un disque de bronze beaucoup plus petit, accroché dans le dos.
Il semblerait que plusieurs éléments de cet habit aient été cousus après coup.
Laetitia Merli : "Il est utilisé dans les rituels bouddhistes."
Roberte Hamayon : "Il sert à transpercer les démons. Dans le cadre d'une chamane qui se sert d'autant éléments bouddhiques, on pourrait vraiment se demander contre qui elle se bat...Les petites torsades, quand elles sont dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, c'est fait pour faire du mal. "
Laetitia Merli : "Plusieurs attributs féminins sont présents sur cet habit. "
Roberte Hamayon : "Les berceaux sont de cette forme en Mongolie. Maintenant ce ne sont que des suppositions."
Pour aller plus loin:
Un document réalisé par la documentation du Muséum
La page Equipements de chamane mongol sur le site web du muséum