"Le bricolage de l'évolution, éloge de l'inefficacité" : retour sur la conférence.
Webmaster Muséum | lundi 16 novembre 2009 | regards
Vivons-nous dans le meilleur des mondes possibles?
En regardant de loin le monde qui nous entoure, on pourrait facilement avoir l'impression d'une nature parfaite, où chaque espèce, chaque organe, chaque cellule remplirait son rôle, à sa place, dans un système finalement idéal…La corolle qui donne du pollen, qui nourrit les abeilles, qui..etc,….cet écosystème aux rouages bien huilé n'est-il pas le résultat d'un progrès sans cesse raffiné ?
La croyance que l'évolution naturelle amène à la perfection est fortement ancrée dans notre culture. Enracinée depuis la "Théologie naturelle" qui voit dans l'agencement du monde une manifestation du "dessin divin" orchestré par un sublime horloger.
Eh bien non ! Les choses ne sont pas aussi simple nous prévient Luc-Alain Giraldeau, écologue et biologiste, professeur à l'université de Québec à Montréal. Invité par le Muséum jeudi soir pour une conférence intitulée : "Eloge de l'inefficacité, le bricolage de l'évolution" Luc-Alain Giraldeau étudie les comportements des êtres vivants.
Claudine Trémaux, Isabelle Cirla, Jean Pierre Cacérès, interviennent avant la conférence et nous proposent leur interprétation du sujet.
Luc-Alain Giraldeau nous propose de décrypter les petits arrangements que la vie a du faire...
- "On n'aime pas penser que l'infanticide existe dans le monde animal, mais pourtant c'est le cas…"
- "Comment se fait-il qu'il y ait plus ou moins autant de mâles que de femelles dans toutes les espèces animales, alors qu'une majorité de femelles serait beaucoup plus efficace en terme de fécondité ?"
- "Pourquoi existe-t-il des oiseaux "chapardeurs" aux côtés des  "producteurs" et qui limitent les ressources alimentaires ? "
"Pourquoi les hommes ont-ils des mamelons qui ne servent à rien…et d'ailleurs pourquoi les hommes n'allaitent-ils pas ?"
- "Pourquoi conservons-nous d'autres organes "vestiges" comme l'appendice ?"
- "Pourquoi les espèces s'éteignent (depuis toujours et avant les facteurs humains) et arrivent dans des "cul-de-sac" évolutionnistes ?"
La sélection naturelle est un processus qui explique que les formes du vivant s'adaptent en adéquation avec l'environnement. Mais si les adaptations sont souvent optimales, elles ne sont pas nécessairement "parfaites" au regard d'une logique d'efficacité globale. Tout est affaire d'équilibres et là où certaines solutions pourraient être a priori les mieux adaptées, on assiste pourtant à des compromis déroutants.
L'évolution ne se projette pas dans l'avenir, elle ne prévoit rien. Dans les populations, des mutations apparaissent, elles sont non dirigées, elles dépendent aussi de ce qui existe déjà dans un organisme donné. Pas de troisième bras du jour au lendemain, pas de cerveau dans les pieds ou d'ailes sur un lombric...on bricole, on avance petit à petit, on compose au moins pire, mais souvent pas au mieux...
Et dans cette recherche de compréhension du monde, le chercheur doit bien se garder de prêter au reste du monde des attitudes, des intentions d'êtres humains, souvent anecdotiques…
Bien au contraire. "C'est par ses travers qu'on reconnaît le fonctionnement d'un mécanisme" : c'est justement tout ce qui ne marche pas de façon optimale, ou tout ce qui ne semble pas évident à expliquer en terme d'avantages, qui nous apporte des éclairages sur les mécanismes de l'évolution.
A voir : billet précédent concernant l'évolution sur le blog du muséum : La sélection sexuelle : quand sélection rime avec séduction...
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