Bonjour Bertrand. Tu es médiateur au Muséum de Toulouse, tu as vécu 18 ans en Afrique et tu passes tes temps libres à randonner avec une flore entre les mains. Avec quelles missions as-tu voulu rejoindre l’expédition Sangha 2010 organisée par l'Association "Insectes du monde"?

Bien entendu, la principale de mes missions étaient de participer à la sélection des 3 grands lacs. Quant à ma mission propre, il s’agissait d’effectuer une prospection botanique dans le but de préparer l’inventaire botanique de 2012.

Expédition Sangha 2010 : en déplacement
Expédition Sangha 2010 : prospection dans un des lacs
Déplacements. cc-by sa Philippe Annoyer


Pourrais-tu nous décrire une journée type ?

Les journées étaient très courtes pour tout ce que nous avions à faire. La journée commençait à 8h pour se terminer à 17h. Je faisais parti du petit groupe qui a exploré les 7 lacs. Je prospectais le tour de chacun d’eux en m’intéressant aux berges mais aussi à la forêt de bordure, et j’entrais aussi dedans ! Le fin de la journée était consacré au séchage des spécimens relevés et au pressage. J’étais seul sur l’étude botanique des plantes à fleur et la charge de travail était bien trop lourde. J’ai fini mes journées complètement à plat... avec la frustration de ne pas avoir de temps pour déterminer les espèces sur place.

Expédition Sangha 2010 : mise en presse
Expédition Sangha 2010 : séchoir
Expédition Sangha 2010 : rangement dans le camp scientifique
De bas en haut : mise en presse, séchoir et rangement au camp scientifique. cc-by sa Philippe Annoyer


Ce travail de titan a dû te demander de faire des choix. Quels sont-ils ?

Je me suis focalisé sur les plantes fertiles : plantes épiphytes, plantes aquatiques, plantes des sous-bois... J’ai aussi identifié rapidement les éléments connus, donc facile à déterminer, comme les arbres de bois d'œuvre.

Expédition Sangha 2010 : plante
Expédition Sangha 2010 : Omphalocarpum
Expédition Sangha 2010 : Pararistolochia triactina
De bas en haut : Diospyros caniculata (Ebenaceae) qui pousse directement sur le tronc de l'arbre, fleur d'Omphalocarpum (Sapotaceae), Pararistolochia triactina (liane fleurie). cc-by sa Bertrand Cosson


Est-ce qu’il y a une plante qui t’a vraiment touchée ?

Oui, j’ai eu le plaisir de voir de gros fruits et de belles cauliflories (fleurs directement sur le tronc) : pour les tropiques c’est classique. Aussi sur un passage,une fleur parasite, jaune fluo... Je ne l'ai pas trouvé dans la littérature de la flore africaine. Il est possible qu'elle appartienne à la famille Rafflesiaceae, ce qui serait une nouvelle espèce pour l'Afrique centrale.

Expédition Sangha 2010 : Plante parasite inconnue
Fleur de plante parasite non indentifiée. cc-by sa Bertrand Cosson


Existe-t-il une flore existante sur laquelle tu peux t’appuyer ?

Oui, il existe une flore des arbres et arbustes principalement, en République centrafricaine mais elle ne comprend pas cette région de forêt tropicale et de biotope des lacs. En contrepartie, il existe des flores des forêts denses des pays voisins tels que le Congo, le Cameroun, le Gabon. Les plantes d’Afrique centrale ont une répartition large, nous devrions donc affirmer la présence de ces plantes dans cette zone d’Afrique.

Expédition Sangha 2010 :
Fruit Omphalocarpum. cc-by sa Bertrand Cosson


Références flores :

  • The vascular plants of the Dzanga-Sangha reserve, D.J. Harris, National Botanic Garden, Meise, 2002
  • Flore d’Afrique Centrale (Zaïre, Rwanda, Burundi) en plusieurs volumes, Jardin botanique nationale de Belgique
  • Flore du Cameroun en plusieurs volumes, Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris
  • Woody plants of Western African Forests, A guide to the forest trees, shrubs and lianas from Senegal to Ghana, W. Hawthorne, C. Jongkind, Royal Botanic Gardens, Kew, 2006


Que penses-tu améliorer en 2012 ?

Je prévoirai d’avoir un séchoir spécifique à la botanique. Sur cette expédition, j’ai perdu 80% de l’herbier fait sur place, il a moisi, en parti à cause d’un séchage partagé avec l’entomologie ou trop tardif. Je renforcerai l’équipe sur la botanique (personnes locales formées, thésards de Bangui, autres experts...)... Je prévoirai de monter aussi en hauteur pour identifier des lianes dont les fruits et les feuilles ne sont pas atteignables sans équipement. L’expédition 2010 me permet de faire des cartes d’identité de certaines espèces, je serai donc à même d’aller plus loin dans l’inventaire en 2012. Je pense me consacrer à une parcelle de bordure de lac et à la quadriller de long en large. J’ai eu le contact d’une thésarde qui a travaillé sur le même type de milieu de clairière marécageuse au Gabon. Elle a dressé une typologie de la végétation... Je vais lire sa thèse. Je suis aussi en contact avec des spécialistes pour la détermination des plantes (Jardin Botanique de Bruxelles) et des chercheurs en écologie (CIRAD, Université de Bangui).

Expédition Sangha 2010 : fleuve Sangha
Coucher de soleil sur le fleuve Sangha, République Centrafricaine. cc-by sa Philippe Annoyer



Prochain rendez-vous autour de l'expédition Sangha 2010 avec l'interview de Xavier Bossier.