Xavier, tu es jardinier botaniste au Muséum, tu as rejoins l’équipe Sangha pour effectuer des relevés botaniques. Sur quelle mission as-tu orienté tes recherches ? 


Je me suis concentré sur les cryptogames représentés par les fougères, les bryophytes et les lichens. Le champ de travail est très large, j’ai donc plus spécifiquement inventorié les cryptogames épiphytes, mais je n’ai pas négligé pour autant l’étude et les prélèvements d’ individus terricoles. 



Montage Xavier et sipo
Photos de Xavier Bossier et tronc d'un sipo Entandrophragma utile. CC by-Sa Xavier Bossier & Philippe Annoyer

Tu faisais partie de l’équipe qui est resté sur le lac 1. Comment as tu procédé pour effectuer ton inventaire ? 


En tout premier lieu, nous avons recherché un arbre porteur d’épiphytes(1) ou arbre phorophyte (2). Cela n’a pas été sans mal. Le milieu est relativement pauvre en épiphytes là où nous étions. C’est finalement sur un sipo (Entandrophragma utile) que j’ai concentré mes efforts. J’ai pu me mettre au travail en commençant par la base du tronc et ses contreforts puis en remontant petit à petit avec des techniques de technicien cordiste et d’élagage, le long du fût pour accéder progressivement à la base des imposantes charpentières et ainsi jusqu’au faîte tutoyant les 50 mètre de haut . Ce travail d’étude des communautés cryptogames épiphytes demande beaucoup de concentration, d’efforts physiques et de matériels combinant grimpe, botanique et entomologie.



Expédition Sangha 2010 : contreforts d'arbre
Expédition Sangha 2010 : fougères épiphytes


Photos de bas en haut : contreforts d'arbre, fougères épiphytes sur un tronc de Sipo. CC by-Sa Xavier Bossier.


La détermination sur place au rang d’espèce a été rare (sauf pour les fougères), par manque de temps et de bibliographie existante.

L’étude des mousses s’est réalisée souvent en situation très ombragée et humide. Avec des individus de taille inférieure au centimètre il faut loupe, pince à épiler, canifs, lampe frontale. Les échantillons mis en sachet papier avec notation de toutes les informations afférentes au milieu sont ensuite brièvement posés sur un séchoir (une table faite de rondins de bois sous laquelle ait maintenu un feu, c’est la technique du boucanage !).

L’étude des lichens corticoles a nécessité des techniques acrobatiques pour effectuer les prélèvements sur l’arbre. En effet il faut ciseaux à bois, canifs, loupes tout en étant en tension dans le vide et en manipuler le matériel de grimpe. Il ne faut pas se louper, car bien plus que le fait de perdre l’ échantillon, on peut se blesser sérieusement avec les outils tranchants utilisés. Ces échantillons de lichens n’ont pas nécessités un séchage particulier.

Expédition Sangha 2010 : lichen sur liane


Photo : lichen sur liane. CC by-Sa Xavier Bossier

Les prélèvements de fougères épiphytes ont nécessités les mêmes techniques que pour les lichens, à la différence près que certains échantillons peuvent mesurer plus de deux mètre ! Du coup une mise en grand herbier s’impose avec préparation et séchage en continu sur le séchoir.




Expédition Sangha 2010 : fougères épiphytes
Expédition Sangha 2010 : fougères épiphytes
Expédition Sangha 2010 : transport de l'herbier


Photos : fougères épiphytes ( Néphrolepis et Platycerium sur la première photo et Platycerium angolense sur la seconde photo) sur un tronc de Sipo - Transport de l'herbier dans le dédale d'une zone marécageuse. CC by-Sa


Nous avons vu avec Bertrand que les flores des plantes à fleurs étaient rares? Qu’en est il pour les cryptogames ? 


Pour les mousses, il existe des flores de pays voisins ou plus lointain du Kenya au Rwanda. Pour les fougères, je me suis appuyé sur la très complète flore du Cameroun, bien qu’il existe des florules spécifiques à la Centrafrique. C’est pour les lichens, que la détermination sera la plus longue, la flore est inexistante, seuls quelques noms éparpillés se retrouvent dans des articles ou revues. 


couverture livre flore du cameroun

Combien as-tu ramené d’échantillons ? Après détermination, que penses-tu en faire ? 


J’ai ramené une centaine d’ échantillons de lichens, 150 de mousses et 130 de fougères. Les données et les échantillons mis en herbier seront donnés à l’université de Bangui après étude et identification. Les échantillons en double reviendront au Muséum de Toulouse. 
La détermination des lichens va être particulièrement longues. Il faut faire de multiples expériences chimiques qui nécessitent un matériel adéquat et important. 


Expédition Sangha 2010 :


photo : fleuve Sangha. CC by-Sa Xavier Bossier.

Quelle image gardes-tu de ce travail ? 


J’ai été saisi par les formes et les couleurs extravagantes des arachnides rencontrées lors de la prospection dans les arbres. La flore épiphyte est également un habitat de choix pour la microfaune, j’ai donc prélevé des insectes et des arachnides sous les fissures d’écorces, à l’intérieur des communautés de mousses avec un suceur de micro insectes. 


Expédition Sangha 2010 :


photo : araignée. CC by-Sa Philippe Annoyer.

Un dernier mot que tu aimerais ajouter ? 


Dans mon cas, cette expédition était une première. L’aspect scientifique et l'aventure a été au rendez-vous, sans oublier les échanges instructifs avec les Centrafricains et les pygmées Aka. Nous avons descendus une partie du fleuve Sangha en pirogue, traversé la forêt tropicale à pied, eu de l’eau au-delà de la taille dans les marengos... et côtoyé l’esprit de la fôret. C’était un retour à la nature exaltant. 




Marche d'approche


Photo : marche d'approche. CC by-Sa Xavier Bossier.



Vous l'avez compris le retour d'expédition Sangha, biodiversité en Terre Pygmée se termine avec ce dernier billet. Je vous invite à déposer un commentaire si vous avez une question ou une remarque.

(1) Épiphyte : un végétal qui à comme support un autre végétal
(2) Phorophyte : arbre porteur de nombreux épiphytes