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vendredi, mars 4 2011

Expédition en République Centrafricaine : biodiversité en terre Pygmée (3/5)

L'association "Insectes du monde" a organisé sa deuxième expédition "Biodiversité en terre pygmée" en 2010. L'objectif : préparer l'expédition 2012 en repérant les salines marécageuses les plus intéressantes pour un grand inventaire (lire les billets précédants 1 et 2). Le Muséum de Toulouse est contributeur moralement et matériellement.

Expédition Sangha 2010 : trajet sur le Sangha
Descente du fleuve Sangha. Dix huit personnes dans une pirogue de 12 m avec tout le matériel de l'expédition soit 1 tonne et demi.
Les porteurs et pisteurs faisaient partie d'un deuxième voyage. cc-by sa Philippe Annoyer


Expédition Sangha 2010 :
Zoom sur un bai (saline marécageuse). Ne pas se tromper, ce n'est pas de la terre mais bien de l'eau : à observer les feuilles de nénuphars. Lac 3. cc-by sa Philippe Annoyer

Expédition Sangha 2010 :
Positionnement des points GPS sur une carte satellitaire. Lac 1. Ici : positionnement des arbres dominants relevés par une équipe de centrafricains. cc-by sa Philippe Annoyer

Expédition Sangha 2010 : araignée
Mygale observée au village de Molongo. cc-by sa Philippe Annoyer

Philippe Annoyer est parti avec pour objectif personnel de continuer l'inventaire entomologique commencé en 1985 dans une région non encore étudiée depuis.

Expédition Sangha 2010 : piège à insectes de nuit
Piège lumineux de nuit. cc-by sa Philippe Annoyer

Expédition Sangha 2010 : piège de nuit
Philippe Annoyer en compagnie de Léon et de Thierry. Sensibilisation et formation aux différents ordre d'insectes présents au piège lumineux. cc-by sa Philippe Annoyer

Expédition Sangha 2010 : piège à insectes de nuit
Samuel Danflous (arachnologue) et Cyrille Perez (entomologiste). Village Molongo. La famille des Sphingidae est particulièrement représentée. cc-by sa Philippe Annoyer


et pour objectif global de mener à bien une expédition pluridisciplinaire, avec le respect du pays et de ses habitants.

Vous avez eu des contacts à différentes reprises avec WWF, quels étaient les circonstances ?

En arrivant au lac 1, nous avons trouvé les traces chaudes d’un camp de braconnier. Notre arrivée sur le site les a mis en fuite. Nous avons alerté WWF immédiatement. Ils sont venus sur les lieux, ils ne s’attendaient pas à ce que les braconniers viennent aussi loin (25km à pied de Molongo). Cette région des lacs est devenue immédiatement une zone que WWF va sécuriser et protéger. D’ailleurs après notre départ, il était question que les gardes réutilisent la zone de notre camp pour établir un lieu d’étude scientifique et de gardiennage. Ce qui devrait refroidir quelque peu les braconniers.

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Lac 2. Vue de canopée. cc-by sa Philippe Annoyer


Votre démarche est basée sur le respect de l’environnement et de l’Homme. Qu’engagerez-vous de nouveau sur la mission 2012?

En 2012, il est clair que je souhaite que nous passions deux jours à Bayanga à sensibiliser les élèves et parents dans les écoles. De plus, un de nos techniciens cordistes proposera de former des gardiens WWF à grimper aux arbres avec un équipement adéquat et à construire des plateformes en hauteur pour une surveillance plus large du parc. Un gardien perché pourra détecter le fumage de la viande à une grande distance. L'empreinte des braconniers est trop forte, les grands mammifères sont en train de disparaître de la zone des lacs. Nous avons souvent entendu les gorilles et les éléphants, mais nous ne les avons jamais vu, ils ont peur.

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Matthieu Lafont (technicien cordiste) emprunte la tyrolienne pour passer du sippo à l'azobé. cc-by sa Philippe Annoyer
Expédition Sangha 2010 :
Pour remercier Mawendé Samori pour son travail réalisé depuis 3 expéditions, nous avons eu le plaisir de lui dédier une nouvelle espèce de fourmi Anoplolepis (Zealleyella) samori (à voir ici). cc-by sa Philippe Annoyer


D’autre part, nous ouvrons encore plus largement l’expédition 2012 à des chercheurs qui souhaiteraient ce joindre à nous : spécialiste des amphibiens ? des chiroptères? des poissons ?

Expédition Sangha 2010 : chauve-souris
Chiroptère non encore identifié. cc-by sa Philippe Annoyer


Quelle communication est prévue autour de cette expédition 2010 ?

Une dépêche AFP vient de paraître. Le site internet de l'expédition Sangha 2012 sera régulièrement mis à jour mettant en avant les résultats obtenus.

Rendez-vous sur le prochain billet pour une interview avec Bertrand Cosson (botanique).

mercredi, février 16 2011

Expédition en République Centrafricaine : biodiversité en terre Pygmée (2/5)

Replongeons dans l'atmosphère "Sangha, biodiversité en Terre Pygmée"

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Prospection entomologique du lac 3 (ou saline marécageuse)CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


et poursuivons maintenant l'interview de Philippe (débutée dans le billet précédent).

Comment avez-vous procédé pour conserver les spécimens?
Certains spécimens ont été mis en alcool, d’autres sont conservés en papillotes. Une troisième méthode consiste à poser les spécimens sur une couche de coton dans une pochette zip avec un peu d’alcool.

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En quelques minutes, le tee-shirt humide de transpiration s'est vu recouvert de papillons Lybithea labdaca. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.

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Les papillons sont mis dans des petites pochettes papiers individuelles. Un carnet de prélèvements gardera les références de la pochette et autres informations de type : lieu, date, heure, conditions de prélèvement. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.

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Les papillotes, les fruits, les graines sont mis sur séchoir (feu en dessous de la table). La fumée éloigne les insectes pondeurs, et le feu assèche le spécimen CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Vous avez prélevé plus d’une dizaine de milliers de spécimens, le travail d’une vie ne suffira pas pour les étudier tous. Par où penses-tu commencer ? Est ce qu’il y a un spécimen qui a particulièrement retenu ton attention ?

Mon premier travail sera de les trier par ordre d’insectes. C’est à ce moment là que je déciderai par où commencer. Actuellement, depuis notre retour, la liste des papillons de jour comprend 170 espèces différentes. Mais les travaux sont encore en cours...

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Papillon Eudaemonia troglophylla, Saturniidae. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.

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Papillon Papilio lormieri, Papilionidae. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Tu dénonces haut et fort le “biopiratage” de certaines expéditions donc quelle a été votre position vis vis du pays et de ses habitants ?

Nous avons pris soin d’être le plus transparent possible. Nous avons communiqué sur nos intentions : pourquoi nous sommes là, qu’est ce que nous recherchons, comment nous voulons partager nos connaissances. Et bien entendu, nous avons pris soin de demander toutes les autorisations nécessaires (auprès du Ministère de l’environnement et de la recherche, de la faculté des sciences de Bangui, du Directeur général WWF, gestionnaire du parc national Lobéké).

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Reconnaissance du positionnement de l'équipe sur une carte. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Nous avons fait le choix de former des locaux pour un partage de connaissance et aussi une sensibilisation à leur environnement.

Deux personnes ont été formées puis affectées au tri entomologique,
Deux autres, aux piégeages des bousiers et à leur conservation
Deux autres aux papillons de jour (piège, appât; filet à papillon),
Deux autres, devaient récolter des fleurs en forêt et isoler les pollens.
Deux autres, ont inventorié les arbres dominants autour du lac 1 (mesure de la hauteur des contreforts, de la circonférence juste à la base du fût, prise des coordonnées GPS, et reconnaissance de l'essence de l’arbre).

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Tri et conservation des coléoptères coprophages. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.

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Récolte d'éléments constituant une termitière. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Nous avons monté un camp en respectant au maximun les lieux. Nous avons établi des mini-camps dispersés pour ne pas déboiser une grande zone. Un mini camp cuisine, un autre conservation, un autre toilette....

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Prise de vue du camp de vie quotidienne, du haut d'un azobé (40m du sol). CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Suite de l'interview dans le prochain billet.

jeudi, février 10 2011

Expédition en République Centrafricaine : biodiversité en terre Pygmée (1/5)

"Ce que les gens ne ramassent jamais, moi je les ramasse" déclare en riant Philippe Annoyer de retour de l’expédition “SANGHA, biodiversité en terre Pygmée” en République Centrafricaine (lire billet du départ).

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Activité du soir, trier, mise en conservation... CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Au Muséum, le retour de nos collègues Philippe, Xavier et Bertrand était attendu. Nous les avons questionné encore et encore. Voici un retour privilégié de Philippe :

Quels étaient les objectifs de l’expédition ?

C’était de déterminer trois biotopes à étudier lors de l’expédition prochaine début 2012. L’objectif a été atteint : nous avions repéré 7 lacs sur carte, nous avons échantillonné chacun d’eux et nous avons arrêté nos choix sur 3 lacs pour leur richesse en faune et flore.

Expédition Sangha2010 : les 7 lacs
Vue satellite de la zone des 7 salines marécageuses. Copyright Spotimage.


Comment avez-vous procédé ?

A l’arrivée sur le premier lac, nous avons tout de suite compris que ce lac serait un de nos 3 retenus. Avec ses 1km de long sur 200m de large et ses 1m60 max de profondeur, il représente une niche riche en variété animale et végétale. Une équipe est restée sur place pour procéder à un échantillonage plus poussé. Tandis qu’une équipe 2, plus réduite est partie explorer les autres lacs plus éloignés.

Expédition Sangha2010 : lac 1
Biotope du lac 1. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.

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Biotope du lac (ou saline marécageuse) 7 caractérisé par de nombreux arbres dans l'eau. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Quels sont les prélèvements que vous avez effectués ?

Parmi les recherches entomologiques, certaines thématiques ont été beaucoup plus étudiées : les libellules (un spécimen de chaque espèce a été prélevé dans chacun des lacs pour comparaison), les papillons de jour (+ 170 espèces différentes déterminées à ce jour), les bousiers (bons bio-indicateurs des grands mammifères). D'autres domaines d'études ont été à l'honneur : arachnologie, botanique (pollens des fleurs de forêt , arbres), lichénologie et ornithologie.

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Expédition Sangha 2010 : chenille
De haut en bas, papillon (Lobobunaea acetes, Saturniidae), sauterelle non déterminée et une chenille non déterminée.
CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.



Xavier Bossier a procédé à l’étude des lichens et des mousses sur un seul arbre du lac 1 pendant les 20 jours : étude des différentes espèces, leur répartition, sur les contreforts, sur le fût, sur les charpentières... Des données fort intéressantes en résultent et donneront une première publications sur les mousses et lichens de RCA (sujet d'un prochain billet).

Expédition Sangha 2010 : vérification des sangles
Xavier Bossier (botanique : lichens et mousses) et Antonin Lafont (technicien cordiste). CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Un collègue Samuel Danflous s’est consacré aux arachnides. Plusieurs centaines de spécimens ont été trouvées. Là aussi, l’étude donnera lieu à une première publication pour la RCA.

Expédition Sangha 2010 : camp scientifique
Expédition Sangha 2010 : araignée
Expédition Sangha 2010 : araignée
De haut en bas : Samuel Danflous au travail sur le camp scientifique, araignée : Gasteracantha sp., araignée non déterminée. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Nicolas Moulin s’est penché sur les mantes. Une dizaine d’espèces nouvelles pour l'inventaire général ont été découvertes. Amenant le nombre d’espèces connu de 40 à 50 dans cette région de Centrafrique.

Expédition Sangha2010 : une mante fleur
Mante fleur Chlidonoptera vexillum mâle. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Nous avons posé différents pièges de jour et de nuit pour un relevé quotidien.

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De gauche à droite :
- piège à papillons classique (relevés plusieurs fois par jour)
- piège lumineux pour la nuit
- 2 pièges d'interception multidirectionnel (pimul)
- piège à papillons (lépidophil) (rigoles pour récupérer papillons en fin de vie - prélèvement tous les 3 jours)
CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


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Test de couleur d'assiettes pour piéger les insectes. La jaune, la plus efficace. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.

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Piège à coprophages (bousiers). Pour faciliter le travail, les selles sont mis dans un bas au-dessus du récipient. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Des pièges à émergence ont été mis en place sur des souches et des cavités, ils permettront de piéger les insectes arrivés au stade adulte. Le piège contient du glycérol pour une conservation longue durée, ce qui nous permettra de les relever dans un an.

Expédition Sangha 2010 : piège à émergence
Piège à émergenceCC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Nous avons aussi posé 25 enregistreurs autonomes à la cime des arbres ou dans l’eau pour mesurer l’hydrométrie, la température, le niveaux de l’eau, la luminosité... Là aussi, nous espérons récupérer les données lors de notre prochain passage dans un an.

Expédition Sangha 2010 : pose des enregistreurs
Cordage pour atteindre la cime des arbres. CC BY-SA Philippe Annoyer, Sangha2010.


Suite de l'interview dans le prochain billet.

Lire le billet de blog sur l'expédition 2008 ici.

jeudi, décembre 23 2010

Expéditions en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit (4/4)

Une calotte crânienne humaine vieille d’environ 22 000 ans a été découverte en 2006 sur le site de Salkhit au Nord-Est de la Mongolie (lire billets précédents). Nous savons maintenant que l’homme de Salkhit est un ancêtre d’Homo sapiens sapiens.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Une enquête auprès de la population nomade sur d’éventuels autres sites qui pourraient présenter des objets datant de la préhistoire a permis lors de la seconde expédition en 2010 de découvrir un nouveau site : Havtsgayd.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


L’équipe de l’expédition a découvert de nombreux outils en pierre taillée, caractéristiques du paléolithique et du néolithique.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
photo : flèche Jaspe

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
photo : Nucléus gris

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
photo : microNucélus

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
photo : microNucélus blanc


Ces outils mettent en évidence une technique utilisée par les hommes du Paléolithique supérieur : la technique du débitage par pression. Cette dernière permet d’obtenir des lames et des lamelles très régulières.

Des études comparatives avec des outils du nord de la Sibérie appuient l’hypothèse que des hommes de morphologies asiatiques auraient peuplé l’Amérique, en passant probablement par le détroit de Béring. L’homme de Salkhit pourrait bien être l’ancêtre du peuple d’Amérique mais aussi d’une bonne partie de la population actuelle.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’article Préhistoire : Cro Magnon n'a jamais fait la révolution de Sylvestre Huet

mercredi, décembre 22 2010

Expéditions en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit (3/4)

Arrivés sur le site de Salkhit (lire les billets précédents 1 et 2 ), les membres de l'expédition ne peuvent pas s'installer librement sur le site de Salkhit. José Braga et Gunchin Gunchinsuren négocient avec le directeur de la mine, le droit d’étudier le terrain et s’assurent de leur protection. Cette dernière préoccupation n’est pas des moindre, la zone de nuit est occupée par des fouilleurs clandestins ou “ninja” particulièrement dangereux.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Le travail de terrain peut commencer :

Tamisage des couches

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Accessibilité d’une zone à étudier :

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Étude des strates :

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Mesures :

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Relevés dans un cahier d’étude :

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Deux semaines sur place ont permis d’identifier des strates, d'effectuer des prélèvement des sédiments desquels seront extraits des pollens, de prélever des ossements fossiles de rongeurs.

Voici une vidéo réalisée à l’occasion de la Novela 2010 sur cette expédition :


Toulouse buissonnière, sur les traces de l'homme en Mongolie
envoyé par mairieToulouse. - L'info video en direct.


La mission 2009 terminée, le matériel est déposé et confié au couple ci-dessous en vue d’une seconde expédition 2010. A lire sur le prochain billet de blog.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


mercredi, décembre 15 2010

Expéditions en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit (1/4)

L'histoire commence en 2006 quand un morceau de crâne humain ancien est découvert par des prospecteurs d’or sur le site de Salkhit, dans le Nord-Est de la Mongolie. C'est un véritable trésor. Un trésor d'histoires de toutes sortes. Des petites histoires (comment a-t-il été découvert ? Comment est-il passé de main en main avant d'arriver à Toulouse ? décrites dans l’article du National Geographic de novembre 2010). Mais aussi et surtout une grande histoire, celle de l'humanité : il pourrait apporter des informations inédites sur l'évolution humaine et sur le peuplement de l'Amérique.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Une publication est parue Discovery of an archaic Homo sapiens skullcap in Northeast Mongolia signée par Yves Coppens, Damdinsuren Tseveendorj, Fabrice Demeter, Tsagaan Turbat and Pierre-Henri Giscard dans le Comptes Rendus Palevol Volume 7, Issue 1, February 2008, Pages 51-60 .


En 2009, Yves Coppens (spécialiste de l'évolution humaine) et José Braga (chercheur au Laboratoire d'Anthropologie de Toulouse) décident de lancer une première expédition sur le site de sa découverte. L'objectif est d'étudier les couches géologiques et de déterminer l’âge des strates où le crâne était enfoui.

Les analyses sur la calotte crânienne humaine :

Après une étude de terrain sur Salkhit, les membres de l’équipe de recherche, composée de José Braga, Fabrice Demeter (anthropologue au Laboratoire AMIS), Flavia Girard (postdoctorante) et Francis Duranthon (paléontologue et conservateur au Muséum de Toulouse), se rendent dans les locaux de l'académie des Sciences où ils retrouvent Pierre-Henri Giscard (archéologue de l’Institut des déserts basé à UB) et G. Gunchinsuren (de l’Académie des Sciences de UB).

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
photo de gauche à droite : F.Demeter, J. Braga, PH. Giscard


Francis Demeter procède à un prélèvement sur la calotte crânienne :

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Le prélèvement est divisé en trois échantillons : l’un pour la datation, un deuxième pour le contrôle de la datation et le troisième pour une analyse génétique.

Puis l’équipe se rend à l'hôpital coréen pour des analyses au scanner.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit
Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


L’objectif est d’avoir un rendu en 3D pour comparer la morphologie du crâne de l’homme de Salkhit avec celles d’autres crânes d’Homo sapiens, nos ancêtres de 50 000 à 100 000 ans mais aussi avec celles des Néanderthaliens qui peuplaient l’Europe il y a encore 50 000 ans.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Dans tous les cas, les analyses devraient donner des informations importantes. Si le crâne est similaire à un crâne de l’homme de Néanderthal cela signifie que ce sera le premier fossile de l’homme Néanderthal découvert dans cette région d’Asie. Si sa morphologie est proche de Homo sapiens, l’homme de Salkhit serait alors l’ancêtre des indiens d’Amérique et d’une partie des populations actuelles.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


Un moulage est effectué, il sera utile pour garder une copie conforme de sa morphologie mais surtout pour étudier les micro-rayures. Ces dernières donneront des informations sur les dépôts, les transports de spécimens et donc le niveau de la strate où pouvait se trouver le fossile.

Expédition en Mongolie : sur les traces de l'homme de Salkhit


L’expédition a été initiée sur le site de Salkhit avec des analyses de terrain, à lire dans le prochain billet (une astuce : abonnez-vous au flux des billets).

mercredi, novembre 3 2010

Expédition "Biodiversité" en République Centrafricaine

Trois personnes du Muséum, Philippe (assistant de conservation entomologie), Xavier (jardinier) et Bertrand(médiateur) sont sur le départ pour une expédition de 1 mois en République Centrafricaine dans le cadre de l'association SANGHA, biodiversité en terre pygmée.

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photo : quelques membres de l'équipe SANGHA

Une équipe pluridisciplinaire de 19 personnes partent préparer la mission de 2012 : découvrir de nouvelles espèces d'insectes dans une région de lacs mal connue. Philippe Annoyer avait, en 2008, découvert 13 nouvelles espèces dont 10 de fourmis, une de papillon diurne, une de bousier et une de mante.

Entretien avec eux quelques jours avant leur immersion en forêt tropicale.

Si Philippe, rôdé à ce type de séjour (lire le billet de blog sur sa dernière expédition), aborde cette «expé» avec la décontraction d’un maître zen qui part en cure thermale, une appréhension mêlée d’excitation est nettement plus palpable pour ses deux acolytes.

«Vivre un mois entier en pleine forêt tropicale, c’est une expérience inédite pour moi, souligne Bertrand Cosson. Il y a forcément de l’appréhension car on sait que le physique sera soumis à rude épreuve : trajets longs et difficiles (22h de véhicule tout terrain pour relier Bangui au fleuve !), et bien sûr un climat peu clément puisque nous arriverons en fin de saison des pluies» ajoute-t-il, ce que Philippe confirme : «Il faut s’attendre à une hygrométrie avoisinant les 75 % et des températures moyennes autour de 38°C pouvant même monter à 50°C en canopée.»

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photo : des passages difficiles. copyright Bayanga85

Quant à Xavier Bossier, il reconnaît volontiers n’avoir aucune expérience similaire à celle qu’il s’apprête à vivre : «J’arriverai là-bas comme une oie blanche ! Tout sera nouveau pour moi : les gens, la faune, la flore, le climat… C’est l’inconnu à tous les étages, forcément cela suscite un peu d’appréhension.»

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photo : marche d'approche. Copyright Bayanga85

Les deux aventuriers n’en présentent pas moins de solides atouts pour affronter la forêt tropicale. Bertrand Cosson est un baroudeur confirmé avec à son actif des séjours aux quatre coins du monde, notamment au Sénégal et en Guyane où il s’est frotté à des conditions difficiles. Xavier, mordu de montagne, est un familier des sorties d’alpinisme, il a aussi participé avec Philippe aux recherches en falaise sur le Mont Béat. Les techniques d’escalade lui sont donc familières. Et tous deux s’entraînent depuis des semaines du côté de Muret (31) aux déplacements dans les arbres avec des techniques et du matériel comparables à ceux utiliser par les élagueurs.

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photo : escalade. Copyright Bayanga85

Si leurs parcours sont différents, les motivations de Xavier et de Bertrand pour participer à l’expédition se rejoignent : vivre une expérience humaine intense et participer à un projet scientifique ambitieux et innovant. Xavier s’attend à un dépaysement profond et salutaire : «Ce doit être un sentiment unique d’être totalement coupé de nos sociétés de surconsommation pour s’immerger dans un univers beau¬coup plus minimaliste et proche de la nature.» Bertrand anticipe un gros travail de prospection sur place : «De nombreuses espèces restent à découvrir dans tous les champs de recherche. Et au-delà, c’est une aventure humaine incroyable que de partager sa vie pendant un mois en pleine forêt avec les Centrafricains et les pygmées.»

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photo : travail sur le terrain, les scientifiques de l'expédition 'Epiphyte 2008'. Copyright Bayanga85

Le mot de la fin est pour Philippe : «Cette expé sera exigeante physiquement. C’est une expérience extrême, on va chercher ses limites. Je me souviens qu’en 2008, nous avons mis 1 heure pour faire 400 m dans une forêt, c’est une vraie lutte ! Dans de telles conditions, l’imprévu peut toujours surgir. Il faut être prêt et réactif, constamment. Et par-dessus tout, savoir improviser et s’adapter. A tout problème, il y a une solution, même en pleine forêt tropicale !»

Philippe s’envole pour la République Centrafricaine le 3 novembre, Bertrand et Xavier le 9. Une fois arrivés à Bangui, deux jours de véhicule tout terrain et de pirogue les attendent pour rejoindre le premier lac qui ne sera accessible qu’après encore 4 jours et 17 km de marche dans la forêt. Bon voyage à eux !

Le Muséum est un des partenaires l'expédition parmi d'autres : l'association "Tout là haut", Konica Minolta, Géo 212, Air France, Hévéa, Petzl et Béal, la faculté des Sciences de Bangui, le CHU de Grenoble et de l'Université Lyon, Pro Sensor...

Pour en savoir plus sur  : www.sangha2012.com

Pour lire les billets sur les expéditions auxquelles le Muséum participe

Signé : Gérald, communication Muséum.

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